Portraits de personnes en situation de pauvreté
Le premier rapport du monitoring national de la pauvreté fournit des informations sur la pauvreté en Suisse, principalement à l’aide de statistiques, d’indicateurs et d’une analyse des résultats la recherche. Mais que signifient tous ces chiffres, toutes ces données dans la vie quotidienne des gens ?
Les portraits qui suivent tentent précisément de répondre à cette question. Ils offrent un regard personnel sur des situations de vie très diverses et s’efforcent de faire ressentir ce que signifie vivre au seuil du minimum vital, voire au-dessous. Ils évoquent les obstacles, la honte, mais aussi les stratégies et les espoirs de chacune et chacun dans la lutte quotidienne pour sa propre existence.

« Je n'ai pratiquement aucun souvenir d'une période de mon enfance qui soit exempte de soucis »
J'ai très tôt appris ce que ça signifiait avoir des responsabilités. J'avais tout juste douze ans lorsque mon père, débordé, est venu me voir. Il ne comprenait pas le principe de la franchise de l'assurance maladie. Je ne le comprenais pas non plus mais je lui ai dit que je m'en occuperais.

« Au bout de 15 ans, je suis sorti de l'aide sociale »
Pendant des années, j'allais au bistrot et ne buvais qu'un café. Je ne pouvais pas me permettre plus. Je restais assis là pendant quatre heures, parce que chez moi, j'étouffais. Je voulais juste sortir et parler avec n’importe qui.

« Et soudain, tout cela ne comptait plus »
Ma vie a volé en éclats le 31 juillet 2018. Je travaillais comme aide-soignant dans une maison de retraite, c'était un métier que j'aimais. Alors que deux résidents en surpoids - pesant chacun plus de 100 kilos - menaçaient de tomber de leur fauteuil roulant, j'ai voulu les retenir. C'est à ce moment précis que j'ai entendu un « crac » dans mon dos, et depuis, plus rien n'est comme avant.

« Bien que l’aide sociale ait pour but de favoriser l’autonomie, on se sent infantilisé »
À 34 ans, tout est arrivé d’un coup : un burn-out, suivi de peu par le diagnostic d'adénomyose, aussi appelée endométriose interne. C'est à ce moment-là que je suis tombée dans la pauvreté. On dit souvent que la maladie appauvrit et que la pauvreté rend malade. Les deux sont vrais.

« Je gagne 22 francs de l'heure, avant déductions »
J'ai actuellement trois employeurs. Je travaille dans la logistique et dans les bureaux d'une entreprise qui vend des articles pour bébé par correspondance, je fais des ménages et je donne un coup de main chez un traiteur. Je suis également indépendante et brode toutes sortes de choses sur commande. Au total, mes heures de travail correspondent à environ 75 ou 80 % d'un temps plein. L'année dernière, j'ai ainsi gagné tout juste 30 000 francs, auxquels se sont ajoutées une pension alimentaire et des allocations familiales. Au total, cela représentait environ 40 000 francs.

« Ma formation, mon expérience – tout cela ne semble n’avoir aucune valeur ici »
Autrefois, j'avais une vie. Une vie stable et confortable en Iran. Je suis diplômé en langue et littérature persanes, j'ai suivi une formation de deux ans en photographie et, issu d'une famille de paysans, je dispose également de connaissances en agriculture. J'avais un emploi stable, ma propre maison et une voiture. Mais cette vie n'existe plus. J'ai dû quitter l'Iran, car ma vie y était en danger.

« J'ai d'abord dû vaincre la pauvreté avant de perdre 50 kilos »
Je suis la preuve vivante qu'on peut se sortir d'une situation difficile. Fin 2023, j'ai décroché un CDI d'informaticien et je gagne désormais 4500 francs par mois. Avant, je vivais de l'aide sociale. Une fois toutes mes factures payées, il ne me restait que 110 francs par mois.

« Il y a eu des moments où j'ai voulu mettre fin à mes jours »
Quand mon partenaire m'a étranglée, j'ai réalisé que je devais partir. Jusque-là, je n'avais pas réussi à me séparer de lui. J'étais dépendante de lui. Pendant des années, j'ai subi des violences psychologiques et sexuelles de sa part. Une fois, il m'a menacée avec un fusil d'assaut. Ce n'est que lorsque j'ai senti qu'il s'en prenait à ma vie que j'ai trouvé la force de partir.

« Malheureusement, je n'ai jamais appris à gérer mon argent à l'orphelinat »
Tous mes frères et sœurs ont grandi avec mes parents, sauf moi. À l'âge de trois ans, j'ai été placé dans un orphelinat du canton de Nidwald. Apparemment, ma mère aurait été infidèle. Mon père n'a pas voulu m'accepter, c'est pourquoi j'ai été abandonné. Mais je ne sais pas si c’est vrai. Je n'ai jamais parlé à mes parents.

« Si je percevais l'aide sociale, j'aurais plus d'argent à ma disposition »
Je viens de me faire opérer du genou pour la troisième fois. Je suis en arrêt de travail pendant six semaines, car deux chiens de 30 kilos chacun m'ont percutée aux jambes et m'ont fracturé la rotule. Tous les ligaments ont été déchirés. Il y a eu des complications lors de la première opération, puis lors de la deuxième. Nous en sommes maintenant à la troisième. En fait, je voulais augmenter mon temps de travail prochainement pour améliorer mes revenus. Et voilà ce qu'il m'arrive. C'est à l'image de la chance que j'ai habituellement.

« Je suis touchée par la pauvreté parce que je suis mère »
Depuis que j'ai quitté la maison, je vis avec le minimum. À 16 ans, j'ai quitté le domicile parental parce que je grandissais dans un cadre familial destructeur. Même si nous nous en sortions bien financièrement, j'étais régulièrement victime de violences physiques et psychologiques. Je voulais en partir le plus vite possible. Depuis, je vis en quelque sorte au jour le jour.

« Si je gagnais davantage, je me retrouverais tout de suite avec jusqu'à 70 000 francs de dettes »
À 19 ans, pendant la première année de mon apprentissage, je suis tombée enceinte. C'était une décision délibérée que mon partenaire et moi avions prise ensemble.
Office fédéral des assurances sociales OFAS
En collaboration avec les autorités fédérales, cantonales et communales ainsi qu’avec
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